30 août 2007

Journée marathon

Espoir déçu (celui d'une bonne nuit)!
Dans nos chambres en rez-de-chaussée, nous avons d’abord été perturbées dans la nuit par les rires et les éclats de voix de la rue voisine, puis au matin, ont-ils convoqué la fanfare municipale ?! Non ce sont seulement les serveurs et cuisinières de l’hôtel qui dès l’aube s’affairent pour préparer le petit-déjeuner. Et cela bavarde ferme et cela ignore la sourdine…

Nous nous levons épuisées, et voilà que la baignade matinale dans la piscine s’avère impossible… il est trop tôt et Markos n’a pas fini de nettoyer. Gros dépit…Décidément comment parviendrons-nous à nous réveiller pour de bon ?

Alors nours partons pour les gorges d’Aradena, que nous avons préférées aux gorges de Samaria, dont les guides disent qu’elles son blindées. Pour y aller, nous prenons la route qui serpente dans les gorges d’Imbros.

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Le paysage est déjà magnifique. Nous traversons la Crète, du Nord au Sud, d’une mer à l’autre. Bientôt, nous sommes à Hora Sfakion au bord de la mer de Lybie. La carte IGN nous indique ensuite une route qui mène à Anapolis. Nous nous engageons circonspectes, sur ce qui ressemble bien plus à une piste qu’à une route, mais bientôt un ouvrier nous confirme qu’Anapolis est en effet au bout du chemin. Dire que nous sommes rassurées est exagéré.

La route est hallucinante : magnifique, belle à en pleurer, mais quasi impraticable ! A notre gauche, une mer entre bleu azur et bleu marine, qui contraste avec les teintes sablonneuses de la route ; autrement dit encore, à notre gauche un précipice et à notre droite des énormes caillasses qui semblent prêtes à s’écrouler.

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Ai-je déjà parler du milieu, entre la gauche et la droite ? Non ? Dommage c’est le plus intéressant ! Des marteaux-pilons, des énormes camions emplis de rochers, qui nous barrent la route tous les 50 mètres. Et c’est un lent ballet qui se règle entre touristes et travailleurs de la route. Tourne-t-on un remake du Salaire de la Peur ? Notre ascension vers Aradena par Anapolis se révèle ainsi laborieuse, périlleuse et excitante à la fois.

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Bientôt l’infini marin est derrière nous ; s’offre alors à notre vue une montagne nue, sèche, aride où encore une fois les chèvres sont invitées. Nous atteignons enfin Anapolis où nous achetons en guise de pique-nique du pain et des biscuits au boulanger du village. Il est adorable, nous fait plusieurs fois goûter ses spécialités avant de nous saluer d’un très cordial Yassas. Quelques kilomètres encore et nous y sommes, nous les avons vraiment gagnées, ces gorges d’Aradena.

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L’œil est aussi capté par l’église d’un blanc rutilant qui surplombe souveraine le ravin. Pour y parvenir, il faut franchir le pont métallique qui enjambe les gorges, ce que nous faisons dans un bruit de tous les diables. De l’autre côté du pont, autour de l’église, le village abandonné d’Aradena, cerné d’une clôture en grillages. Juste avant l’ « entrée », un mini-kiosque-kafeneion est installé où quelques hommes, dont des policiers, sont attablés attendant l’animation qui ne vient pas. Nous sommes quasi seules sur les lieux.

Après avoir franchi la porte grillagée, nous nous aventurons dans les ruines désertes d’Aradena sous un soleil de plomb. Le village est un champ de cailloux, de vieux murs effondrés où quelques oliviers se sont frayés un chemin. L’église seule a échappé aux ravages du temps. Blanche immaculée, elle assied sa gloire dans le ciel bleu et la roche intraitable des gorges.

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Au détour d’une ruelle, nous voyons 2 maisons semblant rénovées et habitées. Des pancartes sur lesquelles figure le drapeau de l’UE nous font penser qu’Aradena est peut-être sur le point de ressusciter. En attendant, les uniques habitants que nous ayons croisés sont…des biquettes !
Par un sentier de pierres en zigzag bien régulier, nous entamons ensuite notre descente. Soleil au zénith, fraîcheur toute relative, s’enfoncer lentement dans le ventre de la terre. Au-dessus de nous, le ciel se réduit peu à peu à un pantalon de gendarme. La forteresse minérale prend toute son ampleur. Bientôt, nous sommes dans le lit qui accueillit un jour des flots puissants. Nous déjeunons d’un morceau de pain à la cannelle, accompagné de quelques tranches de fromage plastique, puis entamons la remontée. En 15 minutes, c’est bouclé, c’est incroyable, nous sommes des sportives accomplies !

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Notre périple crétois ne manque pas de rythme ; vu de loin, nous avons peut-être l’air de touristes japonais qui mangent de la route sans déguster… eh bien nous, nous mangeons de la route, mais nous dégustons !! Enfin, c’est surtout notre voiture qui mange de la route… si bien même, qu’en continuant notre itinéraire de la journée, elle finit par littéralement se mettre le bitume dans la gueule. Ou devrais-je dans le pare-choc avant ?... Eh oui, avec ces routes toutes mal balisées (un coup, nous sommes à 45km de Moni Preveli et 10km plus loin, à 78 !!!), qui obligent souvent à des demi-tours dans des impasses improbables, l’inévitable arrive… notre 207 finit par morfler ! Elle en perd même sa plaque d’immatriculation, que nous remettons tant bien que mal. Quelle idée aussi cette voiture de kéké alors qu’il nous aurait fallu une jeep tout-terrain ! Enfin, tant qu’elle continue de rouler.

Alors que le soleil commence doucement à descendre, nous arrivons à la plage de Preveli, tant vantée de tous côtés pour sa « morphologie » hors norme. Elle est encaissée entre 2 falaises, et une rivière vient s’y jeter. Ainsi se côtoient eau douce et eau salée, algues, roseaux et palmiers.
Au-dessus de la plage, en hauteur, le monastère de Preveli : les hommes de Dieu ont le singulier talent de s’installer dans des lieux éblouissants. Promontoire rocheux où la lumière sidère. Horizon sans fin. A n’en pas douter, si l’on doit un jour croiser Dieu, ce sera ici, plus que dans le métro !
Finalement, nous sommes là à l’heure parfaite, quand les touristes désertent. Notre bain du soir est une cure de jouvence. Après les kms avalés, laisser son corps dérivé dans cette eau salée qui le supporte doucement et s’observer tronc flottant. Tout là-bas bien loin devant nous, le vernis rouge sur nos orteils contraste avec le bleu limpide de la mer de Libye.

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Il se fait soudain tard, le soleil a pris ses quartiers nocturnes. Pour nous, la journée n’est pas finie. Plusieurs dizaines de kilomètres nous séparent encore de notre hôtel, à Matala. Dans la pénombre, puis bientôt dans la nuit noire, notre voiture avance, point de lumière mouvant parmi les oliviers à flanc de colline.
A 21h30, nous mettons pied à terre devant l’hôtel Europe (amante de Zeus, mère de Minos)… A nous Matala ! Revient alors l’une des questions les plus récurrentes et importantes de notre séjour… où mangeons-nous ? Nous nous dégottons une petite taverne qui donne sur la plage et profitons de nos mezzes, avec le ressac comme musique de fond.

La soirée s’achève sereinement (si j’omets le tragique épisode de l’écrasage de boule de glace sur le sol… Daphné est presque en pleurs et Laure ne sait plus comment la consoler :-)
Au programme du lendemain, encore une longue journée de voiture.

Posté par Polyeucte à 23:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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