28 août 2007

Avant le mont Olympe

Il y a un temps pour tout, y compris un temps pour les dieux. Ce sera aujourd’hui. Nous sortons d’Heraklion un peu au hasard, un peu perturbées par ces panneaux qui indiquent tout et son contraire. Les dieux se gagnent après des luttes acharnées contre les directions de l’équipement… Et Zeus a sûrement eu son mot à dire, lorsque le gouvernement crétois a décidé de flécher la route menant à son berceau, cette intimité qui se protège : l’Ida antron.

Pour y parvenir, nous passons par un charmant village perché dans la montagne et répondant au doux nom d’Anogia. La localité est connue pour son artisanat et pour son église… que nous ne trouverons jamais ! En revanche, en déambulant sur le trottoir de la route principale, nous apercevons derrière des rideaux écartés, des portes entrouvertes, des femmes tisseuses, absorbées sur leur métier. Bientôt, nous arrivons devant une maison égayée par les petits tapis suspendus sur un fil devant la façade. Une vielle dame toute vêtue de noir nous alpague et nous invite à rentrer. En moins de temps qu’il ne faut pour dire « oh », « ouf » ou « hop là », elle nous a montré toute sa collection de tissus faits maison. Bientôt, elle met sur ma tête un petit châle blanc brodé et s’émerveille devant le résultat. On la comprend :-)

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On se parle avec deux, trois mots et quelques gestes. Elle et son amie, tout aussi ennoirée, tout aussi veuve peut-être ?, sont charmantes. Elles nous offrent de quoi grignoter, nous montrent des photos de touristes passés par leur salon-boutique. Bien sûr, c’est irrésistible ! Nous achetons puis reprenons la route. Les paysages sont de plus en plus secs et rocailleux. Parfois au détour d’une route, nous apercevons des sortes d’abri circulaire en pierres, des koumos, anciens abris des bergers. Quelques chèvres croisées ça et là  rappellent qu’on peut survivre dans ces contrées écrasées par la chaleur.

Et soudain se dessine le plateau de Nida, une immense étendue plane, cernée de montagnes.
Blond, crème, ocre, paysage minéral sans espoir de verdure, sous un ciel bleu tellement lourd qu’il semble prêt à s’effondrer.

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Nous nous arrêtons bientôt à un parking, aussi peu fréquenté que les routes sur lesquelles nous venons de tracer, avant de poursuivre à pied vers la grotte de Zeus. Nous découvrons pour la première fois au bord des chemins escarpés, cette plante étrange dans laquelle on voudrait d’abord se rouler… avant de se raviser… c’est la plante barbelés ! Des reflets gris-verts-argentés, elle a toute sa place dans un environnement somme toute assez hostile bien que grandiose.

Après une vingtaine de minutes de marche, nous atteignons la profonde caverne qui aurait vu naître le roi des Dieux. On s’enfonce dans les entrailles de la terre, dans une atmosphère fraîche et humide, par un escalier casse-gueule où nous essayons de ne pas glisser. Zeus, viendrait-il nous consoler ? Nous cherchons sa présence dans les moindres recoins de ce lieu sacré. Eh bien, nous croirez-vous ? Il n’y était point ! Parti sûrement vers d’autres ors, d’autres vallées. Et pourtant, en ressortant, nous croisons la chèvre Amalthée, toujours là, même après des millénaires, prête à allaiter l’enfant affamé.

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Enfin, après une petite côtelette à la taverne du coin, nous délaissons le plateau de Nida pour un autre endroit divin : le monastère d’Arkadi.
Près de 1000 hommes, femmes, et enfants y ont laissé leur vie, lors d’une insurrection contre l’occupant turc, préférant se faire sauter avec les réserves de munitions plutôt que de se rendre à l’ennemi. Courage ou folie, quand pour rien au monde on ne veut laisser tomber sa patrie ? (PS : 24.10 C’est aujourd’hui l’hommage à Guy Môquet ; rendre la lecture de cette lettre, obligatoire, est aberrant. Même si l’écrit est exemplaire. Voir aussi les lettres des martyrs du lycée Buffon ; étonnantes et admirables. Incroyable jeunesse, qui se battait et mourut pour une Idée). Aujourd’hui le monastère d’Arkadi est un lieu de contemplation : serein, baigné dans la lumière envoûtante de la fin d’été, façade majestueuse. Les bougainvillées roses et blancs se battent pour ravir l’œil du visiteur et les chats flânent. J’y vivrais des retraites.

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Ce n’est pas que le reste de la journée défile à 48 images seconde, c’est que j’ai du mal à tout écrire dans ce carnet de voyage. Alors imaginez :
Arrivée à Rethymnon avec le soleil qui ralentit sa course / Hôtel : chambre avec vue… sur cour… étroite et pleine de pigeons… / Balade dans les rues commerçantes, on dirait Cabourg/ Des kilomètres de terrasse en front de mer, on dirait Beaubourg… avec la mer/ Notre première baignade. L’eau est habitée… d’algues ou d’immondices divers ?/ La plage est une plantation de parasols ; le sable de Rethymnon a l’air de leur réussir/ Des centaines de touristes en goguette, nous au milieu/ Dîner sous les citronniers/ Moussaka (ah bon, c’est ça ?), vive les mezzés !/ Le vin rouge arrache, Laure tu as bien fait de prendre du blanc/ La nuit est noire et nous marchons à l’aventure/ Forteresse vénitienne, encore une!, comme un grand vaisseau blanc qui flotte immobile/ Port, lieu d’attache, qu’on ne voit plus caché sous les centaines de fauteuils en tissu, en osier, que sais-je, de tous les restos installés là/ Musique techno qui résonne dans l’obscurité/ Couturières qui travaillent encore derrière leur fenêtre/ Rideau/ Nuit/ Dodo

Posté par Polyeucte à 23:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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